THERESE & MARTHE
Dundee français
(1913-1918)
France

Coulé par un sous-marin, le 1 octobre 1918

Maquette du brick négrier Aurore
Dundee thonier

Caractéristiques

Le THERESE & MARTHE était un dundee de 32 tonneaux, immatriculé à Lorient et appartenant à Valentin Dréano, de Riantec (Morbihan). Commandé par Jean-Marie Rio, il avait à bord 4 matelots : Gilloton Dominique, Dréano François, L'Hermite Onésime et Dréan Auguste, ainsi que deux novices Guilleton Jean et Rio Joachim.

La guerre sous-marine et la pêche :

"Depuis le début de 1917, malgré les efforts du Ravitaillement, un certain nombre de denrées sont rationnées et les restrictions affectent la population. Le poisson est un appoint non négligeable, mais la situation de la pêche n'est pas brillante. La mobilisation a réduit fortement les équipages, les bateaux restent dans les bassins ou pourrissent lentement sur les vases; les chalutiers ont été réquisitionnés par la Marine pour être armés en dragueurs de mines. De plus, les bateaux encore disponibles hésitent à se hasarder au large en raison des attaques des sous-marins allemands.
Pour redonner vigueur à la pêche... Les autorités facilitent la remise en état des bateaux et libèrent les Inscrits Maritimes, des vieilles classes, mobilisés. Pour protéger les pêcheurs, des voiliers sont armés de canons et un certain nombre sont réquisitionnés par la Marine et transformés en garde-pêches armés par des marins mobilisés; à ces derniers, parfois avec le soutien de vapeurs, reviendra la mission de protéger la flottille de pêche. Les pertes de l'année 1916 ont montré que les pêcheurs isolés étaient une proie facile pour les sous-mariniers... depuis le début de 1917 un effort est fait pour convaincre les pêcheurs, gens individualistes, de se grouper en convois et de se soumettre au minimum de discipline qu'exige ce genre de navigation. Les pertes essuyées par les isolés emportent les dernières résistances et depuis l'été 1917, l'habitude est prise d'accepter ces exigences nées de la guerre sous-marine à outrance.
Pour la pêche au thon, les voiliers se concentrent en convoi à Groix ou à Concarneau. C'est ainsi que le 23 août, le troisième convoi de l'année, une quarantaine de thoniers en majorité groisillons, appareille de Port-Tudy. Douze de ces thoniers sont armés d'une pièce de 47 ou de 57, servies par les pêcheurs qui ignorent souvent presque tout du canonnage. Deux garde-pêches à voiles, la "Calypso" armée d'un canon de 75 mm et le "Général Lyautey" qui porte un canon de 66 mm et un tube lance-torpille vont escorter le convoi ainsi qu'un petit cargo; la " Jeanne et Geneviève" armé de deux 75 et d'un 47...
Les premiers jours, la flottille reste groupée mais le 27 en pleine brume, l'Amiral de pêche change de route imité de proche en proche par ses voisins. Lorsque la brume se lève, l'escorteur "Jeanne et Geneviève" non prévenu du changement de cap et ayant continué sa route, suivi de trois thoniers, est hors de vue. Le convoi a perdu l'élément le plus efficace de sa protection. La flottille ayant terminé sa pêche fait voile vers Groix le 1er septembre. En l'absence du "Jeanne et Geneviève", le maître Gueguen qui commande la "Calypso" prend la tête du convoi et le tient en bon ordre. Vers 8 heures du soir, le garde-pêche aperçoit, par babord avant, un grand sous-marin allemand en surface; il prescrit aux dundees non armés de canons de tirer de bord et soutenu par le "Général Lyautey" et le "Magellan", se porte vers l'ennemi ; les trois dundees ouvrent le feu. Le pointeau de la ''Calypso" encadre le but; le sous-marin devant cette menace, plonge. Le 2 au matin, quand la brume se dissipe sept thoniers qui s'étaient attardés à pêcher la veille et n'avaient pas rejoint le convoi pendant la nuit sont isolés très loin sur l'arrière en deux groupes de quatre et trois voiliers. Le sous-marin qui a gardé le contact n'attendait que l'occasion de rencontrer des isolés et vers 5 heures ouvre le feu sur le groupe de 4 bateaux : "Hirondelle ", " Etoile Polaire ", " Ami de Dieu " et " Nicolazic " dont trois sont armés de canons. Avant d'avoir pu ouvrir le feu "L'ami de Dieu" est touché et son équipage doit l'abandonner. C'est ensuite le tour de "L'Hirondelle " dont le patron et un matelot qui servent un canon de 57, sont tués avant d'avoir pu tirer; "L'Hirondelle" touchée, coule. La victime suivante sera "Le Nicolazic" qui n'a pu manœuvrer faute de vent pour avoir sa pièce battante, le voilier est achevé par deux coups au but et s'engloutit. Sur "L'Etoile Polaire" le patron Adrien Tristan fait front et ouvre le feu mais le dundee touché durement doit être abandonné; le patron Tristan, la cuisse sectionnée est mortellement blessé. Faisant route cap à l'Est, l'Allemand espère trouver d'autres isolés et tombe sur le convoi encalminé. Sa proie est belle mais le maître Gueguen veille et à 8500 mètres son 75 ouvre le feu. Le "Général Lyautey" l'imite et bien que la distance rende leur tir peu dangereux pour l'ennemi l'Amiral de Pêche sur le "Magellan" et les thoniers arrêtés les plus proches se joignent à eux. Pour dérégler le tir l'Allemand émet un nuage de fumée et navigue en zig-zag; après une heure et demie de canonnade le sous-marin en a assez, cesse le feu et disparaît après avoir atteint le thonier "Pierre et Jeanne" qui sera le seul bateau du convoi a avoir été coulé dans cet engagement. Le garde-pêche "Calypso" et le "Général Lyautey" par leur attitude résolue ont sauvé la partie de la flottille restée bien groupée.
La méthode des convois ayant prouvé son efficacité quelques jours plus tard, un quatrième convoi sera organisé sans difficulté, et plus de trente dundees, dont 10 armés, seront présents à Groix; leur pêche s'effectuera sans qu'il n'en coûte ni homme ni bateau."
Enguerrand Gourong (http://enguerrand.gourong.free.fr)

ACACIA, 01/05/1917
ANTIGONE, 01/05/1917
CONFIANTE, 03/02/1917
DIAMANT DE LA COURONNE II, 03/01/1917
ELISABETH, 08/09/1917
EUGENE, 15/06/1917
GAUNTLET, 18/06/1917
GOOD HOPE, 27/04/1917
HIRONDELLE, 02/09/1918
AMI DE DIEU, 02/09/1918
ALINE, 15/02/1917
JEUNE ALBERT, 22/05/1917
VICTOIRE, 21/01/1917
JEANNE MATHILDE, 03/01/1917
LOUISE, 18/01/1917
MONT DE PIETE, 07/10/1917
NANETTE, 14/11/1916
PROSPER LEON, 17/12/1916
SAINT JACQUES, 03/01/1917
SANS-SOUCI 28/03/1917
NOZAL, 17/03/1917
DIEU-TE-GARDE, 17/03/1917

Trois-mâts carré

Paul-Emile Pajot "Le journal" N°102/08

AURELIE, 22/01/1917
BAYARD SANS PEUR, 11/11/1918
SADI CARNOT, 28/081917
ECUMEUR DES MERS, 28/03/1917
HYACINTHE YVONNE, 18/03/1917
LEONTINE, 21/01/1917
PETIT EMILE, 03/01/1917
GLADIATEUR, 24/01/1917
ARETHUSE, 12/03/1917
HORTENSE FANNY, 10/08/1917
EMILE CHARLOTTE, 21/04/1917
PETIT JEAN, 15/03/1917
CONFIANTE, 03/02/1917
YVONNE, 02/05/1917
MARSOUIN, 06/02/1918
FRERE DES CINQ SOEURS, 29/04/1917
IMMACULEE CONCEPTION, 27/02/1917
PIERRE LE GRAND, 03/01/1917
ANNA JEANNE, 15/02/1917
RUPELLA, 17/03/1917
ALCIDE-MARIE,17/03/1917
N-DAME-DU-PERPETUEL-SECOURS, 17/03/1917
AVE MARIS STELLA, 02/10/1918

Le naufrage

Rapport de l'Officier enquêteur :

"Neuf dundees sont partis de Lorient, le 25 septembre à midi pour se rendre sur les lieux de pêche à 50 milles à l'ouest de l'île d'Yeu. Le THERESE & MARTHE était l'un de ces neuf bâtiments.
Les patrons de dundee avaient demandé au Service de Surveillance des Pêches à Port-Louis des patrouilleurs d'escorte qui leur avaient été promis pour midi 30, le jour même.
La brise ayant adonné à midi, les dundees ont appareillé sans attendre les patrouilleurs qui ne les ont jamais ralliés. Le 27 septembre au soir, le THERESE & MARTHE s'est séparé des autres bâtiments, il a fait route pour La Rochelle où il est venu vendre sa pêche. Pendant son séjour à La Rochelle, le patron Rio n'a pas déposé son Rôle à l'I.M. Il est parti en tapinois le 29 septembre pour Lorient son port d'attache..."

Rapport du capitaine :

"Je soussigné Rio, patron du dundee THERESE & MARTHE, parti de La Rochelle, le 29 septembre pour aller à Lorient rejoindre notre convoi, étant arrivé à l'ouest de l'île d'Yeu par les 45' courant N faible brise de vent de NO, vers 15h30 du 1 octobre ; Le matelot Dréano a aperçu un sous-marin ennemi en surface, venant N à toute vitesse dans notre direction. Rendu presque à 5 ou 6 milles de nous, il nous tira 3 coups de canon, 2 à blanc et un à obus, pour nous faire abandonner le bateau. Amenant les focs immédiatement, nous mettons à l'eau l'anneau le plus vite possible. Nous sommes embarqués immédiatement, tout l'équipage sauvé et le patron à la dernière heure. Plusieurs marins du sous-marins sont montés à bord à 4h20 et mis une bombe pour le faire sauter. Nous avons vu quatre hommes sur le kiosque. Le commandant était jeune, grand et gros (1) "; Ile d'Yeu, le 2 octobre 1918, signé Rio.

Une commission s'est réunie le 5 octobre, à La Rochelle, pour enquêter sur la perte du dundee. Elle était composée de Mrs Ourdan, Pot et Péan.
"La commission a constaté que le patron Rio, arrivé à La Rochelle le 28 septembre pour y vendre ses produits de sa pêche, ne s'est présenté à aucune des autorités maritimes locales : Inscription Maritime, Division des Patrouilles, Commandement de la Marine. En fait, il aurait du prendre ses instructions à l'Inscription Maritime qui s'occupe plus spécialement de la police des pêches.
D'après ses propres déclarations, le patron Rio n'ignorait pas que la navigation des pêcheurs isolés n'est autorisée que dans les eaux côtières et quand les circonstances le permettent. Il n'a cependant pas hésité à partir seul et prendre la route du large.
Rencontré le 1er octobre à 15 heures à l'ouest des Chiens Perrins par un sous-marin ennemi, semoncé d'abord à blanc puis à obus, le patron Rio a dû faire amener ses voiles et évacuer son bateau. Démuni de tout armement et sans erre, il ne pouvait faire autre chose. Les allemands ont coulé le dundee avec une bombe. L'équipage réfugié sur un canot a pu gagner l'ïle d'Yeu. Il n'y a ni tué ni blessé.
Le sous-marin qui a coulé le dundee était un grand bâtiment de 80 à 100 mètres de long, depuis peu à la mer (sa peinture était fraîche, son avant droit, kiosque cylindrique, un seul canon de 105 ou 120 m/m).
La commission est d'avis que le patron Rio en appareillant pour Lorient sans ordre, ni instructions, a gravement manqué à ses devoirs et a causé la perte de son bâtiment. Elle propose au Ministre de lui infliger un blâme sévère."
(annotation sur la couverture du dossier : "il n'y a eu ni récompense, ni sanction, le 19/11/1918" (SHM Vincennes (SSG Dossier 9822, Carton 88)

Croquis sous-marins

croquis de sous-marins

Croquis de sous-marins excécutés par les membres des équipages des navires coulés.
(S.H.M. Vincennes série SSG "Guerre sous-marine")

Position

Carte du naufrage

Zone : Yeu - 46 02 40
Latitude : 46° 36' N - longitude : 002° 38 W

Notes

Il s'agit probablement du Kapitänleutnant Alfred von Glasenapp, commandant le U 91. Ce commandant fera partie de la liste des criminels de guerre, dont les alliés réclameront l'extradition en février 1920. (voir article New-York Times, February 5, 1920)

Vous pouvez lire : "Le journal de Paul-Emile Pajot ", Revue 303, N° 102 Hors série )

Sources

S.H.M. Vincennes (SSG N° 8788, D 9822, C88) ;

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