Le bain glacé du Prince Napoléon
COMTESSE-DE-FLANDRE
(1870-1889)

pavillon belge

Ruytingen, le 29 mars 1889
Collision avec le Princesse-Henriette

Eagle III
Le Vapeur à aubes, Eagle III comparable au Comtesse de Flandre
(photo Paddle Steamer Picture Gallery)

Caractéristiques

Comtesse de Flandre, paquebot à aubes, construit en 1870 par John Cockerill & Co.à Kattendyk Dock, Anvers (yard 158).
C'est un petit navire à passagers de 61 mètres de long par 7.5 mètres de large (200 x 24.8 x 7.3). Il jauge 419 tonnes et il est propulsé par une machine oscillante à aubes de 1.550 I.H.P. qui lui permet une vitesse impressionante de 16 noeuds. Il est affecté à la ligne Ostende-Douvres par la Marine Marchande de l’Etat belge (1).

Le naufrage

 

Abordage du Comtesse de Flandre

Abordage

L'abordage selon les gravures d'époque

La Comtesse-de-Flandres avait quitté Ostende à dix heures quinze, vendredi matin, avec vingt passagers et sept sacs de dépêches. La Princesse-Henriette (2), paquebot plus grand et plus rapide que la Comtesse-de-Flandre, était parti de Douvres à midi avec quinze passagers. Le temps était brumeux, mais pas assez pour entraver sérieusement la navigation si toutes les précautions avaient été prises.
Vers une heure quarante-cinq, près du phare flottant français de Ruytjngen, à la hauteur de Dunkerque, les officiers de la Comtesse-de-Flandre aperçurent la Princesse-Henriette à travers le brouillard. La collision se produisait avant même que l'on pût faire la moindre manœuvre pour l'éviter. La Comtesse-de-Flandre coulait immédiatement.
La catastrophe a été si soudaine que l'équipage et les passagers se débattaient dans l'eau avant même d'avoir le temps de se rendre exactement compte de ce qui s'était passé. Le capitaine et le premier-maître, qui se trouvaient sur le pont au- dessus du générateur qui a fait explosion, ont sauté. Le capitaine de la Princesse-Henriette, son navire n'ayant pas éprouvé d'avaries graves, fit mettre immédiatement des embarcations à la mer, et l'on put sauver plusieurs des naufragés.
Après avoir attendu quelque temps, le capitaine de la Princesse-Henriette prit à la remorque la Comtesse-de-Flandre, dont l'arrière surnageait encore, et rentra à Ostende, où il arrivait le samedi ma tin à une heure et demie. Avant d'entrer dans le port, il avait confié l'épave du malheureux paquebot naufragé à un remorqueur, mais celui-ci ne put l'amener jusqu'au port, la Comtesse-de-Flandre coulait définitivement quelque instants après.
On dit que les signaux échangés à la hâte auraient été mal compris de part et d'autre. Suivant une autre version, les deux navires auraient évolué dans le même sens pour éviter la chaloupe n° 287 de Gravelines, qui rentrait au port, et c'est au cours de cette manœuvre que le choc se serait produit.

Le capitaine et le second ont péri, ainsi que quatre passagers (MM. Théodule Castel, Henri Algernau, Laurent Gooffens, d'Anvers et Creutzen, de Liège) et dix matelots. Parmi les personnes qui ont échappé au naufrage se trouvaient le prince Napoléon (3) et le baron Brunet (4), son secrétaire. Le prince est légèrement blessé au front. Son domestique, le nommé Théodule Castel, a été repêché, à demi-noyé. Il est mort quelque temps après. Son corps a été rapporté à Ostende. On a repêché une malle qui contenait des valeurs appartenant au prince Jérôme.

"Il y a quelques jours M. le baron Brunet était mandé à Frangins, résidence habituelle du prince Napoléon. M. le baron Brunet, ancien capitaine de frégate, habite d'ordinaire Paris, et il est conseiller général des Côtes-du-Nord. Il a occupé auprès de la princesse Clotilde les fonctions de chambellan; c'est lui qui, dans la journée du 4 septembre, l'a accompagnée à son départ du Palais-Royal pour l'Italie. Lorsque le prince Napoléon entreprend un voyage diplomatique soit il la cour de Savoie, soit en Angleterre auprès de l'impératrice, c'est le baron Bru net qui lui sert d'aide de camp. Au contraire, si le prince fait une excursion ayant un simple objet politique, il se fait accompagner par M. Lengié s'il voyage pour quelque étude scientifique, il a pour compagnon M. Georges Poignant.
Cette fois, il s'agissait de rendre à l'impératrice Eugénie à Londres une visite projetée depuis longtemps. C'est pourquoi M. le baron Brunet prit service a Frangins. Le voyage du prince en Angleterre était connu de fort peu de personnes. Mme la princesse Mathilde elle-même, avec qui son frère entretient une correspondance intime et suivie, n'en avait pas été avertie. Comme le territoire français lui est interdit, le prince Napoléon, pour se rendre à Londres, dut prendre la voie du Saint-Gothard et se rendre à Ostende par l'Alsace, le Luxembourg, Namur et Bruxelles. Avant-hier, il prenait place à bord du paquebot belge, la Comtesse-de-Flandre, faisant le service de la malle des Indes, entre Ostende et. Douvres. Outre M. le baron Brunet, le prince était suivi de son valet de chambre Théodule. Ce Théodule était plutôt l'homme de confiance, le factotum du prince, que son domestique. A son service depuis 1849, il était auprès de lui en Crimée, en Italie, dans les mers polaires, enfin chez M. Maurice Richard, quand le prince fut arrêté par ordre de M. Thiers, et il partagea à la Conciergerie la captivité de son maître.
Mme la baronne Bru net reçut à son domicile, rue Washington, 32, une dépêche datée d'Ostende, cinq heures du matin, à peu près ainsi conçue "Nous venons de rentrer à Ostende. Abordage en mer. Mon compagnon et moi sains et saufs". Aussitôt Mme la baronne Brunet se rendit, 20, rue de Berry, à l'hôtel de la princesse Mathilde, qui, ayant ignoré le voyage, ignorait aussi le péril auquel le prince, son frère, venait d'échapper. Aussitôt la princesse envoya à Ostende une dépêche de félicitations, demandant de plus complets détails. La réponse arriva dans l'après-midi et fut aussitôt communiquée à la baronne Brunet. De son côté, à neuf heures du matin, M. Lenglé apprenait la nouvelle de la collision et envoyait aussitôt un télégramme au bourgmestre d'Ostende, qui, vers trois heures, lui fit savoir que le prince et le baron Brunet étaient revenus sains et saufs à Ostende, et qu'ils étaient descendus, en cette ville, à l'hôtel de la Couronne. En même temps, M. Brunet adressait à M. Lenglé la dépêche suivante "Le comte de Moncalieri et moi étions à bord du paquebot d'Anvers, la Comtesse-de-Flandre. Il fut coulé par abordage. La mer était très calme. Il y avait grande brume sur la mer. Le comte et moi sommes restés sur une épave et nous avons été sauvés par un canot du bateau abordeur. Il y a treize victimes. Théodule est noyé. Le comte prie de rassurer ses amis de Pa ris. Nous serons demain à Londres, à l'hôtel Saint-James Piccadilly".
Aussitôt, M. Lenglé adressa à Mme la princesse Mathilde la lettre suivante "Madame, pour faire suite à la communication que j'ai eu l'honneur d'envoyer à V. A. I. par M. Lara Minot, j'ai l'honneur de l'informer que je viens de recevoir une dépêche du baron Brunet qui m'apprend que le prince et lui ont pu s'accrocher à une épave et qu'ils ont été recueillis par un canot. Le malheureux valet de chambre du prince, Théodule, a péri dans le naufrage. Son Altesse repart pour l'Angleterre demain. Elle est à Ostende, hôtel de la Couronne. Je prie V. A. I. d'agréer, etc.
" Lenglé.
D'après ces renseignements et d'autres contenus dans les dépêches directement adressées à la princesse Mathilde et à la baronne Brunet, on peut reconstituer la scène de la manière suivante La Comtesse-de-Flandre, touchée de face, au milieu d'un épais brouillard, par la Princesse-Henriette, appartenant à la même Compagnie, coula presque instantanément. Le prince Napoléon, excellent nageur, se tint pendant un temps assez long, tandis que baron Brunet, également bon nageur, tâchait de le rejoindre. Quand les épaves remontèrent à la surface, grâce au calme de la mer, le prince en saisit une, s'y fixa, et il tendit la main au baron Brunet, qui était parvenu à s'approcher de lui. Pendant ce temps, la Princesse-Henriette manœuvrait pour recueillir les naufragés elle aperçut les deux hommes et envoya un canot, qui les hissa. Le prince Napoléon n'a pas souffert de sa longue immersion non plus que du froid. Il a l'habitude, à Prangius, de se baigner, hiver comme été, dans une petite rivière qui traverse son parc. Cette rivière se nomme la Fromentoise et elle a une légende dans le pays. On raconte que Jean-Jacques Rousseau venait s'y baigner fréquemment, à l'endroit même où se trouve aujourd'hui la propriété de Prangins. Puis, le prince Napoléon n'en est pas à son premier naufrage. Il a déjà vu la mort de pris dans le golfe de Salonique et une autre fois en vue des côtes d'Asie. Dans son expédition aux mers polaires, son yacht, la Reine-Hortense, fut pris par les glaces, entraîné par une bourrasque, et l'amiral La Roncière le Noury rendit hommage au sang-froid et à l'intrépidité de son passager. Le prince se plaît même, disent ses fidèles, à braver le danger sur l'eau; c'est ainsi qu'en son voyage aux Etats-Unis, malgré les supplications de son escorte, il se risqua dans une barque d'écorce, conduite par un sauvage, sur les rapides du Niagara. Il quitte rarement l'arrière du bâtiment; coiffé d'un vaste chapeau appelé surouest par les matelots, il ne descend, même par les plus gros temps, qu'en cas d'absolue nécessité. Ses dépêches n'attestent qu'une médiocre émotion, avec la volonté bien arrêtée de repartir aussitôt. Mais il est profondément affecté de la mort de Théodule...

Prince Napoléon

Reine Hortense

Prince Napoléon Jérôme, par Nadar.
(Médiathèque de l’architecture et du patrimoine)

Yacht, la Reine-Hortense
Gravure d'époque

Position

Zone : 510210 - Flandres
Latitude : 51° 13 N - longitude : - 002 ° 22 E

Notes

1. Marine Marchande de l’Etat : En 1862 la Marine Royale belge est renommée "Marine d'Etat", le gouvernement renonce ainsi à une marine militaire en Belgique et la remplace par la Marine Marchande de l’Etat.

Ostende-Douvres

2. Princesse Henriette : Vapeur à aubes, construit en 1883, par John Cockerill & Co.à Hoboken (yard 253). Jauge 965 tonnes. Vendu en 1900 à Emil R. Retzlaff, il prend le nom de DORA RETZLAFF. Il naufrage le 9 février 1904 à 66nm NE du Cap Vilano.

3. Napoléon Joseph Charles Jérôme BONAPARTE, Prince NAPOLÉON 1822-1891 : Né le 9 septembre 1822 à Trieste, décédé le 17 mars 1891à Rome. Sa position de fils cadet du dernier frère de Napoléon Ier ne prédisposait pas le petit prince, à devenir un jour le chef de la famille impériale. La destinée allait en décider autrement. Second fils et troisième enfant de Jérôme, ex-roi de Westphalie et de Catherine de Wurtemberg, Napoléon Joseph Charles Paul voit le jour au plus sombre moment de l'existence des Bonaparte, toujours pourchassés à travers l'Europe, même après la mort de Napoléon. L'enfant est intelligent, il va être confié à un précepteur compétent, Enrico Mayer. Outre le français et l'italien, le prince parlera couramment l'anglais et l'allemand et son esprit sera ouvert aussi bien aux disciplines scientifiques qu'à la littérature et à l'histoire.
Après la mort de sa mère, en 1835, il effectue un séjour de près d'un an à Arenenberg, chez sa tante la reine Hortense et c'est son cousin germain, Louis-Napoléon, qui parachève son instruction. Sur les conseils de son oncle maternel Guillaume Ier, roi de Wurtemberg, il est alors inscrit à l'école militaire de Ludwigsbourg d'où il sort sous-lieutenant, premier de sa promotion, pour signer un engagement au régiment des Guides. Au lendemain de la révolution de février 1848, le prince est élu député à la Constituante par le département de Corse et devient, à 26 ans, le plus jeune représentant du peuple. L'année suivante, c'est la Sarthe qui l'envoie à l'Assemblée législative. Le prince-président lui confie alors l'ambassade de Madrid, mais il sera de retour à Paris au moment du coup d'Etat.
L'Empire rétabli, il signe Napoléon (Jérôme) pour se différencier de son cousin. Devenu seul dynaste après son père, il le restera jusqu'à la naissance du prince impérial le 16 mars 1856. Napoléon III le nomme sénateur, mais lors de la campagne de Crimée, il demande à servir, sous le maréchal de Saint-Arnaud, à la tête d'une division. Nommé président de l'exposition universelle qui doit se tenir à Paris en 1855, traitant personnellement les problèmes, il va mettre à profit ses dons d'organisateur. Le prince Napoléon effectue ensuite des voyages d'étude, à la demande de l'empereur qui a une grande confiance en son jugement, en 1856 et 1857, dans les mers polaires et jusqu'au Groenland, puis en Pologne et en Prusse pour servir de médiateur dans un litige qui oppose ce pays à la Suisse au sujet de Neuchâtel. Le 24 juin 1858, on crée pour lui le ministère de l'Algérie et des colonies. Il démissionne le 8 mars 1859. Entre-temps, conséquence de l'entrevue de Plombières entre Napoléon III et le comte de Cavour, il contracte, le 30 janvier 1859, un mariage dynastique avec la fille du roi de Sardaigne, Victor-Emmanuel II, la princesse Marie-Clotilde de Savoie. De cette union de convenance allaient naître trois enfants, Victor en 1862, Louis en 1864 et Marie-Laetitia en 1866. Après la mort de son père, en 1860, ayant à plusieurs reprises manifesté ouvertement au Sénat son opposition à la politique de son cousin, le prince Napoléon est écarté des affaires. Au retour d'un voyage aux Etats-Unis, il se voit confier la publication de la correspondance de Napoléon Ier, trente-deux volumes qui constituent un monument insigne à la mémoire de l'empereur. En 1870, ayant accompagné son cousin au front, dès la chute de l'Empire il se retire dans son domaine de Prangins, sur le bord du lac Léman, où il a fait construire une élégante villa.
Napoléon III mort, le problème de la minorité du prince impérial l'opposa à l'impératrice. Mais la mort du prince impérial, le 1er juin 1879, allait faire de lui le prétendant bonapartiste jusqu'à ce qu'un groupe important de partisans récalcitrants l'oppose, à son tour, à son fils aîné. Gambetta mort, le 16 janvier 1883, il croit le moment opportun pour faire afficher à Paris une proclamation. Le gouvernement le fait arrêter le jour même et interner à la Conciergerie. L'impératrice Eugénie n'hésite pas à traverser la Manche et à intervenir auprès d'anciens amis pour le faire libérer. Frappé en 1886 par la loi d'exil qui l'expulse de France, séparé de sa femme, recluse dans son château de Moncalieri, le prince Napoléon mourut, au cours d'un séjour qu'il faisait à Rome, le 17 mars 1891. (source GeneaNet)

4. Jules Adolphe BRUNET : Né le 2 mai 1831 à Auneau 28, décédé le 23 mai 1911 à Paris. Officier de marine de 1852 à 1872 (Crimée, siège de Paris) Receveur des Finances à Loches de 1875 à 1879. Conseiller général du Calvados de 1885 à 1911. Membre du Jockey-Club Officier d'ordonnance, puis chambellan du prince Jérôme Napoléon et de la princesse Clotilde. Chevalier d'honneur de la princesse Clotilde de Savoie, fille du roi d'Italie Victor Emmanuel II . Anobli par lettres patentes de Victor-Emmanuel II (titre transmissible de mâle en mâle, en ligne directe, par ordre de primogéniture. Entre dans la Marine en 1847, aspirant le 1er août 1849, , puis enseigne de vaisseau le 25 mars 1854 et lieutenant de vaisseau le 26 août 1861. Chevalier de la Légion d'Honneur, le 31 décembre 1863. Au 1er janvier 1869, Officier d'ordonnance de S.A.I. le Prince NAPOLÉON.

 

Sources

Miramar Ship Index, R.B. Haworth, Wellington, New Zealand, 2006 ; "Dictionary of Disasters at Sea during the Age of Steam" Hocking C. ; Le Matin (1889/03/31, Numéro 1864) ; Navidoc-Marines, Bruxelles (Disque 167 fichier 167 - 238 Comtesse de Flandre 1871) ; Paddle Steamer Picture Gallery ;

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