Paquebot ALFONSO XII
(1875 - 1885)

FranceCompagnie

Erreur de navigation
Baja de Gando, Canaries, le 13 février 1885

Alfonso XII

Caractéristique

ALFONSO XII (1): paquebot à vapeur, gréé en trois-mâts barque. Il est commandé le 11 février 1875, mis sur quille le 15 avril 1875 et lancé le 18 octobre 1875 par La Compañía Española Trasatlántica (2,3), aux les chantiers William Denny & Brothers, à Dumbarton (yard 187). C'est le plus gros navire espagnol de l'époque avec 110,7 mètres de long, 11,7 mètres de baud et une hauteur de 8,6 mètres. Il déplace 4892 tonnes et jauge 2915 tonneaux en brut et 1982 tonnes en net. Sa machine compound de 455 nhp, de la firme Rowan, lui donne une vitesse de 14 noeuds.
Il a une capacité de 178 passagers en première classe, 68 en seconde classe, et 1087 en troisième classe. Il est armé de deux canons de 24 livres. Ce paquebot de luxe a couté à son armateur la gigantesque somme de 62.878 livres sterling. Sa figure de proue scultée par Kay & Reid (4), représente le jeune souverain Alfonso XII.

Le naufrage

Le navire part en direction de Cuba avec 280 passagers et 124 membres d'équipage sous le commandement du capitaine Juan Herrera. Il relâche à Las Palmas (5) qu'il quitte vers midi le 13 février 1885. Quelques minutes s'écoulent entre le moment où la cloche du navire retentit pour appeler les passagers à dîner et le sinistre craquement qui signe la fin du transatlantique. Le choc sème la panique parmi les passagers. Hommes, femmes et enfants se précipitent sur les embarcations de sauvetage, ignorant les instructions du capitaine qui cherche à rétablir le calme. Le bateau se couche violemment quand l'eau inonde sa cale. La cinquantaine de minutes, avant son engloutissement, sont néanmoins suffisantes pour permettre aux pêcheurs de Gando pour venir au secours des passagers et de l'équipage.
Il n'y aura, du fait de la proximité de la côte, aucune victime.

"Le vapeur Alphonse XII, de la Compagnie transatlantique espagnole, parti de Las-Palmas (îles Canaries), hier à trois heures, s'est complètement perdu au sud de l'ile de Ténériffe. L'équipage et les passagers ont tous été sauvés. Les correspondances sont perdues. La cause du sinistre : quelques journaux attribuent la cause de la perte du vapeur Alphonse XII à l'apparition d'un rocher, à la suite du bouleversement géologique, près des Canaries."
Le Matin (1885/02/15, N° 356)

Alfonso XII
Carte du naufrage

Le désastre est énorme, tant pour la valeur du navire que celle de sa cargaison. L'Afonso XII, tranporte en effet, dix boîtes remplies de pièces d'or, d'une valeur de £100.000, à destination de la Banque de Cuba. Le Marquis de Comillas, propriétaire du navire envoie ce télégramme à M. Ripoche, son agent à Las Palma :
"Disponga usted de acuerdo con el capitán del buque y las autoridades de Marina, que se hagan de inmediato por cuenta de la compañía todos los esfuerzos humanamente posibles para salvar la correspondencia en primer lugar, y en segundo los caudales y la mercancía. Mande a hacer un reconocimiento minucioso del sitio del naufragio en vapor o embarcación disponible que, a cualquier precio, mandará al punto a fletar. Si hay posibilidad aunque sea remota de salvar el casco del Alfonso XII , proceda inmediatamente a los trabajos preparatorios sin omitir gastos".

La récupération de l'or : les techniciens et les plongeurs de la société Siebe & Gorman (6) sont arrivés de Cadix . Malheureusement l'épave se trouve dans 162 pieds d'eau, soit plus que tout ce qu'un plongeur de l'époque n'a jamais atteint. Dans une série de plongées prodigieuses Lambert a utilisé des explosifs pour faire sauter plusieurs ponts. Lambert et les autres plongeurs récupérent neuf des dix boîtes de pièces de monnaie. Hélas, lors d'une plongée, Alexander Lambert, dans un suprême effort, pour récupérer deux boîtes est resté trop longtemps. Il est frappé par un grave accident de décompression. Ce sera sa dernière plongée. Il finira sa carrière comme agent de relation pour sa société.

 

Monnaies
Monnaies extraites de l'épave

Plan
Plan du navire

Notes

1. Alphonse XII : né le 28 novembre 1857 à Madrid, mort le 25 novembre 1885 à Madrid), fils de la reine Isabelle II et du roi consort François d'Assise, il fut roi d'Espagne de 1874 à 1885.

2. Antonio López y López ( né à Comillas , Cantabrie en 1817 - mort à Barcelone en 1883 ), marquis de Comillas : homme d'affaires et banquier espagnol. Il émigre à Cuba, en 1831 , où il fait fortune avec la traite négrière. Le roi Alfonso XII le fit marquis de Comillas en 1878 et en 1881, lui accorde la dignité de Grand d'Espagne.

3. Compañía Trasatlántica (Antonio López) : Antonio Lopez y Lopez, avec Patricio de Satrústegui y Buis à Santiago de Cuba, établissent en 1849, un service de cabotage entre Guantanamo et Santiago, la Compañía de Vapores Correos A. López. Le service est autorisé par le gouvernement central, le 5 Mars 1851. Ils utilisent un bateau à aubes le "Général Armero" construit à Philadelphie et lancé le 10 avril 1852. En 1853, la Compagnie déménage de La Havane à Madrid et fonde la Sociedad Antonio López y Compañía pour le service entre Alicante et Marseille. Dans les chantiers navals Denny en 1856 à Dumbarton, elle fait construire les vapeurs Alicante , Madrid et Marsella . En 1861, elle acquière le Paris et le Ciudad Condal. La même année, Antonio López transfère la gestion de l'entreprise à Barcelone et achète 5 bateaux à vapeur d'environ 1860 tonnes : Cantabria, Canarias, Espana, Santo Domingo, et Isla de Cuba . En 1868, Antonio Lopez a rempli avec succès ses contrats de transport et joué ainsi un rôle de premier plan tout au long de la guerre à Cuba. Le 1 Juillet, 1881 a été constitué la Compañía Trasatlántica, et en février de l'année suivante, elle a fusionné avec l'Antonio Lopez. En 1894 la flotte transatlantique compte 33 navires totalisant 93.500 tonneaux de jauge brute.

4. Kay & Reid : Société des sculpteurs, doreurs et décorateurs pour les navires, domicilée à Glasgow.

5. Las Palmas (Puerto de la Luz 28 ° 08' N - 15 ° 25' W) : Le port de Las Palmas a été pendant cinq siècles, la base traditionnelle des navires sur leur route à travers l'Atlantique et vers l'Orient. Son emplacement stratégique, les excellentes conditions de sa baie et la qualité de ses services l'ont situé dans une position de premier plan dans les routes maritimes entre l'Europe, l'Afrique et l'Amérique. L'histoire du port de Las Palmas a commencé lorsque Christophe Colomb a utilisé sa baie en 1492, pour son premier voyage en Amérique, pour la remise en état et les réparations des navires La Pinta et La Niña. Au dix-neuvième siècle, les puissances européennes, l'ont utilisé comme base pour leur expansion en Amérique et en Afrique et pour le développement du commerce international. Aujourd'hui, le port de Las Palmas est relié à 180 ports et de nombreuses lignes maritimes des quatre continents. 1.500.000 tonnes de produits pétroliers transitent chaque année, environ trois tonnes par minute. C'est également est le plus grand port de pêche dans la zone. Le trafic de conteneurs est le premier d'Afrique de l'Ouest et figure parmi les quatre-vingts port les mieux achalandés au monde (un conteneur toutes les deux minutes). La Palmas possède le plus grand chantier de réparation navale de la région, avec la possiblité d'échouage de navires jusqu'à 30.000 tonnes, et enfin il s'agit d'un port sur la route des navires de croisière, avec un volume de plus d'un million de passagers. Source : Puertos de Las Palmas, Autoridad Portuaria.

6. Siebe & Gorman : Augustus Siebe (1788, Saxe - 15 avril 1872, Londres) est un ingénieur allemand naturalisé britannique connu pour ses contributions au développement des équipements de plongée sous-marine. Riche manufacturier, son entreprise doit beaucoup au succès de John et Charles Deane qui utilisait son équipement lors de la récupération du trésor de l'épave du Royal George en 1836. Après sa mort en 1872, son entreprise a été légué à son fils Henry Siebe et à son gendre William Gorman. La société a été rebaptisée Siebe Gorman & Company. L'entreprise a ensuite diversifié ses activités et outre la fabrication de matériel de plongée, elle a eu également une équipe de plongeurs opérationnels pour les travaux sous-marins. Le plus célèbre de ces plongeurs sera Alexander Lambert, qui sera chef plongeur sur l'épave du SS. Alfonso XII.

Lopez Lambert

Antonio López y López, Primer Marqués de Comillas (1817-1883) - L'équipe Siebe & Gorman, en médaillon : Alexandre Lambert

Sources

"La Compañía Trasatlántica en las campañas de Ultramar", Rafael González Echegaray (ISBN 84-7823-088-2, Madrid 1990) ; Miramar Ship Index, R.B.Haworth, Wellington, New Zealand, 2006 ; "Alfonso XII, Un siglo bajo el mar" par José Barrera Artiles (http://marenostrum.org) ; Le Figaro (1885/02/15, N° 46) ; Photo du Museo Virtual Submarino ; Scottish Maritime Museum, Glasgow ;

 

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